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Street photographie

Le droit de faire des photographies
25 août 2026 par
C.S.P.P.
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Photographie de rue et droit à l'image : ce que l'affaire Banier nous enseigne


Photographier dans la rue, c'est capter un instant qui ne se reproduira jamais — un regard, une posture, une scène de vie. Mais dès qu'un visage reconnaissable apparaît dans le cadre, une question revient inévitablement chez les photographes, confirmés comme débutants : ai-je le droit de faire cette photo ? Et surtout, ai-je le droit de la diffuser ?


Deux droits qui se font face


En France, aucune loi ne définit précisément le "droit à l'image". Les tribunaux l'ont construit à partir de l'article 9 du Code civil, qui protège le respect de la vie privée, et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. En face, la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 fonde la liberté d'expression et la liberté de création — dont la photographie est une composante reconnue.


Concrètement, une personne photographiée dans la rue et reconnaissable peut, en théorie, s'opposer à la diffusion de son image. Mais ce droit n'est pas absolu : il se heurte à la liberté de création du photographe. C'est ce rapport de force que la justice doit arbitrer, au cas par cas.


L'affaire Banier : un jugement fondateur


C'est en 2008 que la Cour d'appel de Paris a tranché un cas devenu une référence pour toute la profession. Le photographe François-Marie Banier avait publié un livre, "Perdre la tête", réunissant des photographies de rue de personnes prises sans leur consentement. L'une des personnes photographiées, s'estimant lésée, avait assigné le photographe en justice.


Le point notable de cette affaire : les images n'avaient pas seulement été montrées en exposition, elles avaient été commercialisées dans un ouvrage vendu au public. Un contexte a priori défavorable au photographe. La cour a pourtant tranché en sa faveur sur ce point précis, en jugeant que la liberté d'expression artistique primait sur le droit à l'image de la personne représentée.


Cette décision a posé un principe qui structure encore aujourd'hui la jurisprudence en matière de photographie de rue : lors de la diffusion d'une image prise dans l'espace public, la liberté de création peut l'emporter sur le droit à l'image, à condition qu'aucun préjudice grave ne soit démontré par la personne concernée. C'est ce principe juridique, indépendant de la personne du photographe, qui fait aujourd'hui référence — Banier a par ailleurs été condamné dans un tout autre dossier, sans lien avec la photographie de rue : en 2016, la cour d'appel de Bordeaux l'a reconnu coupable d'abus de faiblesse sur la milliardaire Liliane Bettencourt, alors âgée et vulnérable.


Une liberté qui n'est pas sans limites


Ce principe n'est cependant pas un blanc-seing. Les tribunaux ont posé deux garde-fous, confirmés par des décisions ultérieures :


- L'atteinte à la dignité humaine. Une image qui ridiculise, humilie ou dégrade la personne représentée n'est pas protégée par la liberté de création, quel que soit le talent ou l'intention artistique du photographe.

- Le préjudice d'une particulière gravité. Si la personne photographiée peut démontrer que la diffusion de l'image lui a causé un tort sérieux et concret — professionnel, familial, psychologique — la balance peut basculer en sa faveur.


Un autre élément mérite d'être connu : la notion de personne "reconnaissable" est interprétée largement par les juges. La Cour de cassation a ainsi rappelé, dans une affaire récente, qu'un supporter de football restait identifiable malgré un masque partiel, du fait de son maillot distinctif et du contexte de la scène. Un visage flouté ou de dos ne suffit donc pas toujours à garantir l'anonymat : une tenue, une posture, un lieu très identifiable peuvent suffire à reconnaître quelqu'un.


Ce qu'il faut retenir pour sa pratique professionnelle


Pour les photographes professionnels, plusieurs enseignements pratiques se dégagent de cette jurisprudence :


La prise de vue elle-même n'est jamais le problème. Dans l'espace public, photographier est libre. C'est la diffusion — exposition, publication, vente, réseaux sociaux — qui peut être source de litige, jamais le simple déclenchement.


Le contexte de diffusion compte autant que l'image. Un même cliché n'est pas jugé de la même façon selon qu'il illustre une démarche artistique ou documentaire clairement revendiquée, ou qu'il est utilisé à des fins commerciales détournées (publicité, par exemple) sans lien avec un projet créatif.


La discrétion et le respect restent la meilleure protection. Privilégier les scènes d'ensemble, les silhouettes, les instants où la personne n'est pas le sujet isolé et stigmatisant de l'image limite à la fois le risque juridique et, plus simplement, respecte les personnes croisées sur le terrain.


Documenter sa démarche a de la valeur. En cas de litige, pouvoir expliquer le projet artistique ou documentaire dans lequel s'inscrit une image — série, exposition, ouvrage, note d'intention — pèse dans la balance du juge.


En conclusion


Cette jurisprudence rappelle une chose essentielle pour notre pratique : la photographie de rue est un art reconnu comme tel par la justice française, et la liberté de création y trouve une protection réelle. Mais cette liberté s'exerce avec une responsabilité — celle de ne jamais transformer un sujet en victime. Entre le droit de photographier et le respect de la personne photographiée, la ligne n'est pas toujours nette ; c'est précisément cette tension qui fait, depuis toujours, la richesse et l'exigence de ce genre photographique.


Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil juridique. En cas de litige ou de doute sur un projet spécifique, il est recommandé de consulter un avocat spécialisé en droit de l'image.

Stéphane Riou
Président de la Chambre Syndicale de la Photographie Professionnelle


C.S.P.P. 25 août 2026
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